
Dans la brume étrange de ce matin gris, je revois ton visage. Ses contours, déjà, s'effacent peu à peu. Seuls restent tes yeux, si lumineux dans le brouillard confus qui enveloppe ma mémoire.
Ne sont-ils pas étranges ces sentiments contradictoires ? Heureux et triste à la fois de regarder cette fin. Soulagé et inquiet, acteur et spectateur, vivant et mort. Comme cet hiver qui ressemble au printemps, il n'y a plus de repères, plus de frontière, plus de rouge, plus de bleu. Seule reste cette absence de netteté, ce gris d'une opaque clarté, masquant les routes et les destins. Seul reste ton regard. Un phare annonçant le port ou un de ces feux de pillards qui trompaient, jadis, les bateaux pour qu'ils s'éventrent sur les récifs ? Pas de réponses. Jamais. En cela, cet instant illustre cet amour et ces sentiments. Маленькая луна, petite lune en révolution autour d'une étoile double éclairée et voilée par des soleils jumeaux. Toi, lumière de vies en succession.
Fugace clarté, n'as-tu d'autres raisons de briller que luire sans fin dans l'univers noir et glacial ? Combien de fois encore devrais-je fermer les yeux sur tes fuites avant que de passer par la porte étroite d'entre les existences ? Quelle leçon, quel savoir y a t'il là ?
Mais déjà, dissimulé par les voiles de brume, je vois percer un rayon de soleil. Feras-tu encore ce choix de ne jamais choisir. Je redoute le bardo qui me retiendra et qui ne me permettra plus de te tendre la main. Le labyrinthe des vies... Trouveras-tu un jour ton chemin ?