Un monde, des mondes, des
contradictions, des extrêmes et au milieu, quelque part, peut-être dans un tube
(pourquoi pas ?), l'étoile.
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TAO TE KING: contexte
Le Tao-Té-King Peu d'œuvres ont donné lieu à autant de traductions différentes, d'interprétations, de déformations que le Tao-të-king (ou Tao-tö-king) et rares sont les auteurs dont la vie a suscité autant de légendes que Lao-Tseu.
" Le Vieux "
Lao-Tseu est un surnom que l'on traduit généralement par " Le Vieux " sans que ce terme soit péjoratif. Il aurait été archiviste à la Cour impériale de Chine au VIe siècle avant l'ère chrétienne. Au déclin de la dynastie des Zhou, il se serait retiré à l'ouest du pays. Arrivé à la frontière - à la passe dite de Han Kou -, il aurait transmis au garde le texte qu'il avait rédigé et qui comporte plus de cinq mille caractères chinois. Puis il disparut.
Quatre siècles plus tard, sous la dynastie des Han, Lao-Tseu est devenu une légende (son voyage se serait poursuivi jusqu'en Inde où il aurait rencontré le Bouddha, sa naissance aurait été précédée de quatre-vingts ans de gestation, etc.) et un saint homme. Un mouvement philosophique, le taoïsme, se créé autour de son ouvrage. Lao-Tseu n'est donc pas, contrairement à ce que l'on croit souvent, le fondateur du taoïsme, d'autant plus que la notion de Tao, qui signifie la Voie, ou la Raison, existait chez tous les penseurs de la Chine antique. Lao-Tseu le dit d'ailleurs au verset XV :
" Les anciens, qui savaient pratiquer le Tao,
étaient si fins, si subtils,
si primordiaux et si universels,
qu'on ne pouvait pas les pénétrer dans leur profondeur ".
Le taoïsme de Lao-Tseu : une philosophie
L'Occident, l'Europe en particulier, découvre le taoïsme au XVIIIe siècle grâce aux missionnaires Jésuites envoyés en Chine pour évangéliser les populations. Ils assimilent le taoïsme à une religion - ce qu'il n'est pas - aux côtés du bouddhisme et du confucianisme. Commence alors une longue quête qui, depuis le Siècle des Lumières jusqu'à nos jours, n'a cessé de mobiliser les sinologues du monde entier : quel est le sens véritable des quatre-vingts une sentences du Tao-të-king, tellement énigmatiques que les Chinois eux-mêmes avaient baptisé Lao-Tseu " le vieux maître de l'obscurité " ?
Le Tao-të-king est souvent appelé le Livre (king) de la Voie (tao) et de la Vertu (te). Lao-Tseu s'adresse tantôt aux gouvernants, princes ou militaires, de son pays, tantôt au Sage (ou Saint) - en fait un homme idéal. Aux uns comme aux autres il dispense des préceptes sans jamais utiliser ni anecdotes ni références historiques. Si, dans certains chapitres, il traite explicitement de l'art de faire la guerre ou de gouverner le peuple, dans d'autres il cherche à transmettre, au moyen de maximes et d'aphorismes, une philosophie.
Le " Non-Être " et le " Non-Agir "
Parmi les principes fondamentaux du Tao-të-king figurent celui du " Non-Être " (ou du " Vide ") et celui du " Non-agir ". Ces deux principes sont ceux qui permettent de trouver la Voie. Pour les comprendre, il faut savoir que les philosophes chinois, contrairement aux philosophes grecs qui cherchent une explication du monde à l'extérieur d'eux-mêmes, postulent que les fondements de la connaissance sont présents dans l'individu qui réfléchit. Ainsi l'individu participe au principe général de la vérité ; son objectif doit donc être de s'unir au cosmos.
Pour y parvenir, il doit pratiquer le " Non-agir ", le wei wou wei. De même que, dans la nature, les choses s'accomplissent spontanément, sans intervention particulière, de même le saint obtiendra la liberté et l'autonomie en épousant entièrement le grand mouvement naturel de l'univers. Il n'interviendra pas dans le cours des choses pour permettre à chacun de se développer selon sa nature propre. Il n'est pas passif ; il est dans un état de réceptivité totale.
Il doit également pratiquer le " Non-Etre " : laisser venir le vide, être disponible, détaché de tout désir, de tout besoin tourné vers l'extérieur, pour revenir à lui-même. Il parvient ainsi à la simplicité originelle.
La doctrine du Tao a donné lieu à de multiples interprétations. Elle a inspiré, entre autres, la pratique du zen et de la méditation, été récupérée par de nombreux courants de pensée mystique. Il reste que le Tao-të-king est l'ouvrage chinois le plus traduit au monde.
TAO TE KING
1
Une voie qui peut être tracée, n'est pas la voie éternelle: le Tao. Le nom qui peut être prononcé, n'est pas le nom éternel.
Sans nom, il est a l'origine du ciel et de la terre. Avec un nom, il est la Mère des dix mille êtres. Ainsi, un Non-Dèsir éternel représente, son essence, et par un Désir éternel il manifeste une limite.
Ces deux états coexistent inséparables, et diffèrent seulement de nom. Pensés ensemble: mystère! le Mystère des mystères. C'est la Porte de toutes les essences.
2
Tous sous le Ciel, connaissant le beau comme le beau: voici le laid! Tous connaissant le bien comme le bien: voici le mal! C'est ainsi que l'être et le non-être naissent l'un de l'autre, que le difficile et le facile s'accomplissent l'un par l'autre, que mutuellement le long et le court se délimitent, le haut et le basse règlent, le ton et le son s'accordent, l'avant et l'après s'enchaînent.
C'est pourquoi le Saint-Homme s'en tient à la pratique du Non-agir. Il enseigne sans parler. Tous les êtres agissent, et il ne leur refuse pas son aide. Il produit sans s'approprier, travaille sans rien attendre, accomplit des oeuvres méritoires sans s' attacher, et, justement parce qu'il ne s'y attache pas, elles subsistent.
3
Il ne faut pas glorifier les hommes de valeur, pour que le peuple ne dispute pas; ni estimer les biens difficiles à acquérir, pour qu'il ne vole pas; ni ,étaler ce qui excite la convoitise, pour que son coeur ne soit pas troublé,.
C'est pourquoi le Saint-Homme a pour règle :faire le vide dans le coeur, emplir le ventre, affaiblir la volonté, fortifier les os, faire constamment en sorte que le peuple soit sans savoir et sans désirs, et que ceux qui savent n'osent pas agir.
Il pratique le Non-agir et il n'est rien alors, qui ne soit bien dirigé, certes.
4
Le Tao est vide mais il est inépuisable. Quel abîme !
Il apparaît comme l'ancêtre des dix mille êtres. il émousse son activité, dénoue ses voiles, harmonie sa splendeur s'unit à sa poussière; Oh! Qu'il est pur.
Il semble subsister de toute éternité. Je ne sais de qui il pourrait être le fils; il paraît antérieur au Souverain du Ciel.
5
Le Ciel et la Terre ne sont pas humains; pour eux, tous les êtres sont comme le chien de paille. Le Saint-Homme n'a pas de prédilection; pour lui les Cent Familles sont comme chien de paille.
Entre le Ciel et la Terre, il est semblable à un soufflet de forge vide, mais inépuisable, dont le mouvement produit un souffle croissant. Parler beaucoup épuise sans cesse; mieux vaut garder le Milieu.
6
L'Esprit des profondeurs est impérissable; on l'appelle la Femelle mystérieuse.
La porte de la femelle mystérieuse est nommée la Racine du Ciel et de la Terre. Elle dure perpétuellement, et se dépense sans s'user.
7
Le Ciel et la Terre durent toujours. S'ils durent toujours c'est parce qu'ils ne vivent pas pour eux-mêmes. Voilà ce qui leur permet de durer indéfiniment.
C'est pourquoi se mettant à la dernière place, le Saint-Homme se trouve à la première; oubliant sa personne il la conserve. Parce qu'il ne poursuit pas des buts égoïstes, il réalise à la perfection ce qu'il entreprend.
8
La suprême Vertu est comme l'eau. L'eau et la Vertu sont bienfaisantes pour les dix mille êtres et ne luttent pas. Elles occupent les places que les hommes détestent. C'est pourquoi elles sont comparables au Tao.
Dans toute situation, la Vertu est humilité; dans le coeur elle est profondeur insondable; dans l'assistance elle est Amour; dans la parole sincérité. Dans le gouvernement, elle est ordre et droiture; dans l'action elle est capacité, et elle se meut avec opportunité mais elle ne lutte pas; c'est pourquoi elle est irréprochable.
9
Conserver plein ce qui va déborder, mieux vaut y renoncer. Un tranchant trop aiguisé ne peut rester longtemps affilé. Une salle remplie d'or ne peut être gardée.
S'enorgueillir parce que l'on est comblé de richesse et d'honneurs, attire sur soi l'infortune. Lorsque l'oeuvre utile est accomplie et que point la renommée, que la personne s'efface: c'est la Voie du Ciel.
10
Maintenir le corps et l'âme sensitive dans l'unité, pour qu'ils ne puissent se séparer; contenir la force vitale et la rendre docile, afin de devenir comme le nouveau-né; se purifier en s'abstenant de scruter les mystères, pour rester sain; aimer le peuple afin de pouvoir gouverner sans agir; que les Portes du Ciel s'ouvrent ou se ferment, pouvoir être comme la femelle; étant inondé de lumière de tous cotés, pouvoir être ignorant; donner la vie, l'entretenir, produire sans s'approprier; agir sans rien escompter; diriger sans asservir. Telle est la Vertu merveilleuse.
11
Trente rayons convergents, réunis au moyeu, forment une roue; mais c'est son vide central qui permet l'utilisation du char. Les vases sont faits d'argile, mais c'est grâce à leur vide que l'on peut s'en servir. Une maison est percée de portes et de fenêtres, et c'est leur vide qui les rend habitable.
Ainsi l'être produit l'utile; mais c'est le non-être qui le rend efficace.
12
Les cinq couleurs rendent les yeux de l'homme aveugle, les cinq sons rendent ses oreilles sourdes, les cinq saveur rendent sa bouche inapte àsavourer.
Les courses violentes et le galop des chasses déchaînent dans son coeur de furieuses passions. Les biens difficiles à acquérir font qu'il se heurte à de dangereux obstacles.
C'est pourquoi le Saint-Homme s'occupe de l'intérieur et non des sens. Il rejette ceci et adopte cela.
13
Faveur et disgrâce vont avec la crainte. Honneur et tribulations vont avec la personne. Pourquoi dit-on que faveur et disgrâce vont avec la crainte?
La faveur élève, la disgrâce abaisse. Obtient-on la faveur on est dans la crainte; la perd-on, on est encore dans la crainte. Tel est le sens de: faveur et disgrâce vont avec la crainte.
Pourquoi dit-on: honneurs et tribulations vont avec la personne? Le moi est ce par quoi on a des tribulations. C'est parce que nous avons une individualité quelles nous frappent. Si nous n'avions pas d'individualité, quels malheurs pourraient nous atteindre?
C'est pourquoi celui pour qui l'Empire est aussi précieux que sa propre personne peut l'obtenir; celui qui l'aime autant que lui-même est digne de le diriger.
14
Regardant, on ne le voit pas, on le nomme l'Invisible; écoutant, on ne l'entend pas, on le nomme l'Inaudible. Touchant, on ne le sent pas, on le nomme l'Impalpable. Ce que sont ces trois attributs, il est impossible de le préciser; c'est pourquoi on les confond, car il ne font qu'un.
En haut, il n'est pas éclairé; en bas il n'est pas obscure. Il est éternel. Il est sans non. Son origine est là où n'existe aucun être. On peut dire qu'il est forme sans forme, figure sans figure; c'est l'Indéterminé. Allant à sa rencontre on ne voit pas sa face; le suivant , on ne voit pas son dos.
C'est en observant l'antique Tao que l'on peut régler l'existence actuelle. Pouvoir connaître le commencement du passé, c'est tenir le fil du Tao.
15
Les sages parfaits de l'Antiquité étaient insaisissables, surnaturels, mystérieux, pénétrants, si profonds qu'on ne pouvait les connaître. Comme on ne pouvait les connaître on ne peut tenter de les dépeindre.
Ils étaient attentifs! comme celui qui traverse un cours d'eau en hiver; prudents! comme celui qui craint ses voisins; réservés! comme celui qui reçoit l'hospitalité; effacés! comme la glace fondante; vides! comme la
vallée; troubles! comme l'eau limoneuse.
Qui peut, par le calme, clarifier peu à peu ce qui est impur? Qui peut, peu à peu, naître au calme et s'y maintenir toujours? Celui qui garde le Tao. Il ne désir pas être plein, mais vide. C'est pourquoi il peut paraître méprisable et dépourvu de perfection temporelle.
16
Atteindre le Vide parfait, c'est se fixer fermement dans le repos.
Les dix mille êtres paraissent ensemble et je les vois s'en retourner. Ils prolifèrent vigoureusement, puis chacun revient son origine. Le retour à l'origine, c'est le Repos. Le Repos, c'est le renouvellement de la destinée. Renouveler la destinée, c'est la loi éternelle. Connaître la loi éternelle, c'est être éclairé; l'ignorer est un aveuglement qui rend malheureux.
Connaître la loi éternelle rend magnanime; celui qui est magnanime est roi; roi, il est comme le Ciel; semblable au Ciel, il est uni au Tao, il dure toujours. Que sa personne disparaisse, il n'y a plus de péril.
17
Les Grands Souverains de jadis, le peuple savait qu'ils existaient. Ceux qui vinrent ensuite il les aima, les honora: puis il les craignit, et enfin les méprisa. Quand la confiances est limitée, il n'y a pas de confiance.
Les premiers étaient graves, réservés dans leurs paroles. Les oeuvres méritoires se multipliaient, les entreprises prospéraient. Dans les Cents Familles, tous disaient: « C'est grâce à nous qu'il en est ainsi. »
18
Quand le grand Tao fut délaissé, il y eut l'humanité, la justice. Puis la Sagesse, la prudence parurent, et l'hypocrisie fut générale.
Dans la famille, les membres se méconnurent; il y eut l'affection des parents, la piété filiale.
Les Etats souffrirent de la corruption, du désordre; il y eut des fonctionnaires fidèles.
19
Renoncez à la sagesse, abandonnez la prudence, ce sera cent fois plus profitable au peuple. Renoncez à l'humanité, rejetez la justice, et le peuple reviendra à l'amour filial et à l'affection paternelle. Renoncez à l'habileté, abandonnez le profit, et il n'y aura plus de voleurs ni de bandits.
Ces qualités, étant des apparences, ne sauraient suffire. C'est pourquoi il faut tâcher de se montrer simple, rester naturel, réduire l'égoïsme, avoir peu de désirs.
20
Renoncer à l'étude délivre de l'inquiétude. Entre acquiescer et consentir la nuance est bien petite; mais combien diffèrent le bien et le mal.
Ce que les hommes redoutent, on ne peut pas ne pas le craindre, mais
pas au point d'en être troublé, anéanti.
Tous les hommes sont pleins d'ardeur, exaltés comme pour un festin,semblables à ceux qui font une ascension au printemps. Mois seul suis calme, sans réactions, comme le nouveau-né qui n'a pas encore souri, errant sans dessein, sans but!
Les autres hommes ont tous du superflu; moi seul suis un déshérité, mon coeur est celui d'un simple d'esprit, trouble! confus! L'homme de la foule est éclairé; moi seul suis plongé dans la pénombre. L'homme de la foule est précis, perspicace; seul je suis replié sur moi-même, mouvant comme la mer, flottant sans arrêt. La multitude des hommes se rend utile; moi seul suis inapte, semblable un paria.
Moi seul diffère des autres hommes parce que je vénère la Mère nourricière.
21
Ce qui contient la Grande Vertu procède du Tao. Quelle est la nature du Tao: il est confus, indiscernable. Oh! Qu'il est confus, qu'il est indiscernable En lui il y a des formes indistinctes, indéterminées. En lui, il y a des êtres. Quel abîme! quelle obscurité! en lui il y a une essence spirituelle: son essence, absolue vérité! En lui est son propre témoignage. Depuis l'antiquité jusqu'à présent, son nom n'a point passé. De lui sortent les propriétés de tout ce qui est.
Comment sais - je que telle est l'origine de tout ce qui est, Par
cela.
22
L'incomplet sera complété, le courbe redressé, le creux rempli, l'usé renouvelé, l'insuffisant augmenté, l'excès dissipé.
C'est pourquoi le Saint-Homme, embrassant l'Unité est le modèle du Monde. Parce qu'il e se met pas en évidence, il brille; parce qu'il n'est pas personnel, il s'impose; parce qu'il ne se vante pas , il a du mérite; parce qu'il n'est pas orgueilleux, il ne cesse de croître; parce qu'il ne lutte pas, personne au monde ne peut s'opposer à lui.
Cette sentence des anciens: ce qui est incomplet sera complété, est-elle une parole vaine?
Tout retourne à la parfaite intégrité.
23
Parler peu pour rester soi.
Un ouragan ne dure pas toute une matinée, ni une pluie torrentielle tout un jour. Or, qui fait cela, le ciel et la terre. Si le Ciel et la Terre ne peuvent faire durer ce qui est excessif, comment l'homme le pourrait-il?
C'est pourquoi celui qui en toutes choses suit le Tao, règle ses principes sur le Tao, identifie sa volonté et ses actions avec la volonté et l'action du Tao, conforme également ses non-interventions au Non-agir du Tao. Et parce qu'il aspire à l'Union Suprême, le Tao l'accueille avec joie. Aussi sa conduite, ses projets, ses oeuvres ou ses abstentions ont-ils d'heureux résultats.
Quand la foi n'est pas totale, ce n'est pas la vraie foi.
24
Celui qui se dresse sur la pointe des pieds ne peut se tenir debout. Celui qui étend les jambes ne peut marcher. Celui qui se met en vue reste obscur; celui qui est satisfait de lui n'est pas estimé; celui qui se glorifie est sans mérite; celui qui est orgueilleux cesse de croître. Par rapport au Tao, ces façons d'agir sont comme des vomissures et des tumeurs qui
répugnent aux êtres.
C'est pourquoi celui qui a le Tao ne suit pas cette voie.
25
Il est un être indéterminé dans sa perfection, qui était avant le ciel et la terre, impassible, immatériel! Il subsiste, unique, immuable, omniprésent, impérissable. On peut le considérer comme étant la Mère de l'Univers. Ne connaissant pas son nom, je le désigne par le mot Tao.
En s'efforçant de le qualifier, on pourrait dire qu'il est grand, qu'étant grand il fuit, que fuyant il s'éloigne, qu'éloigné il revient.
Ainsi le Tao est grand, le ciel est grand, la terre est grande, le roi aussi est grand. Dans le monde il y a quatre grandes choses, et le roi n'en est-il pas une?
L'homme se règle sur la terre, la terre se règle sur le ciel, le ciel se règle sur le Tao. Le Tao n'a d'autre loi que lui-même.
26
Le lourd est la racine du léger; le repos est le maître du mouvement. C'est pourquoi le prince sage va de l'aube au soir, sans se départir d'une sereine gravité. Bien qu'il possède gloire et honneur, il s'applique à s'en détacher.
Pourquoi, hélas! les maîtres aux dix mille chars attachent-ils plus d'importance à leur personne qu'à l'Empire? Insouciants, ils perdent leurs conseillers; violents, ils perdent leur trône.
27
Qui marche bien ne laisse pas de traces; qui parle bien ne commet pas de fautes; qui calcule bien n'a pas besoin de boulier; qui sait bien garder ferme sans verrou, et personne ne peut ouvrir; qui sait bien lier ne se sert pas de liens, et personne ne peut délier.
C'est pourquoi le Saint-Homme excelle constamment à secourir les hommes, et ne repousse personne. Il aide tous les êtres et n'en délaisse aucun.. En quoi il est doublement éclairé.
Aussi l'homme vraiment vertueux est un maître pour celui qui n'est pas vertueux; par contre le vulgaire est utile au Sage. Ne pas vénérer son maître, ne pas aimer celui qui nous rend service, serait-on réputé, sage, est un grand égarement.
Voila une vérité essentielle et profonde.
28
Celui qui connaît sa force et garde sa douceur est la vallée de l'Empire. Etant la vallée de l'empire, la vertu éternelle ne l'abandonne pas; il redevient comme un petit enfant.
Celui qui connaît sa lumière et garde son obscurité est le modèle de l'Empire. Etant le modèle de l'Empire, la Vertu éternelle ne vacille pas en lui; il revient à l'Illimité.
Celui qui connaît sa gloire et reste dans son opprobre devient la vallée du Monde. Etant la Vallée du Monde la Vertu éternelle le comble et il revient à la Simplicité originelle. C'est cette simplicité qui, en se divisant, a formé toutes choses.
Le Saint-Homme ne fait rien sans elle. Modèle des Maîtres, ildirige avec noblesse et ne lèse personne.
29
Celui qui voudrait obtenir l'Empire pour le façonner, je vois qu'il n'y réussirait pas. L'Empire étant une réalité spirituelle , on ne peut le modeler. Ceux qui veulent le façonner le ruinent; ceux qui veulent le saisir le perdent.
En effet, parmi les êtres, les un vont de l'avant, d'autres suivent; certains aspirent, d'autres soufflent; certains sont vigoureux d'autres débiles; les uns détruisent, les autres consolident.
C'est pourquoi le Saint-Homme proscrit seulement les excès dans la
jouissance, l'ambition et le luxe.
30
Celui qui seconde le Souverain en suivant le Tao ne se sert pas des armes pour subjuguer l'Empire, car quoi qu'on fasse aux hommes, ils aiment à rendre la pareille. Là où campent les armées, poussent les ajoncs et les ronces; après les grandes guerres viennent les années de disette.
C'est pourquoi celui qui est vertueux atteint son but sans se permettre de rien prendre par la force. Il réussit sans faire souffrir, sans détruire, sans s'enorgueillir, sans exploiter son succès, puis s'arrête. Il a vaincu sans violence.
Quand les êtres usent de la force ils vieillissent, car cela est opposé au Tao, et ce qui est opposé au Tao, périt prématurément.
31
Les armes les plus belles sont des engins de malheur; tous les êtres les ont en horreur. Celui qui a le Tao ne s'y complaît pas.
En temps de paix, la place d'honneur est à la gauche du prince sage; en temps de guerre, elle est à sa droite.
Les armes sont des engins de malheur, ce ne sont pas les instruments du prince sage. Il ne peut en être dépourvu en vue d'une nécessité éventuelle; mais il place bien au dessus le calme et la Paix.
Une victoire n'est pas un bien; celui qui la considérerait comme un bien prendrait plaisir à tuer les hommes. Or, celui qui prend plaisir à tuer les hommes ne peut réussir à bien diriger l'Empire.
Dans les événements heureux, la première place est à gauche, dans les événements malheureux elle est à droite. La place du général en second est à la gauche du prince, celle du général en chef est toujours à sa droite, c'est à dire à la première place selon les rites funèbres, car celui qui fait tuer beaucoup d'hommes doit les pleurer.
Le général vainqueur se trouve ainsi placé comme s'il conduisait le deuil de ceux dont l a causé la mort
32
Le Tao est éternel, il n'a pas de nom. Bien que petit par sa simplicité, l'Univers n'a aucun pouvoir sur lui.
Si les souverains pouvaient s'attacher à lui, les dix mille êtres viendraient spontanément se confier à eux; le Ciel et la terre s'uniraient pour faire descendre une douce rosée, et, sans contrainte, les peuples se pacifieraient d'eux-mêmes.
A l'origine de la distinction, il y eut le nom; avec le nom l'existence fut. Dès lors de même il y eut le savoir et la limite; avec le savoir et la limite, le moyen de ne pas périr.
Tout ce qui existe dans l'Univers est, par rapport au Tao, ce que sont les ruisseaux des vallées par rapport aux fleuves et aux mers.
33
Celui qui connaît les hommes est averti; celui qui se connaît lui-même est réellement éclairé.
Celui qui vainc les hommes est fort; celui qui se vainc lui-même est réellement puissant.
Celui qui sait se suffire est riche.
Celui qui suit sa voie a de la volonté.
Celui qui reste à sa place dure longtemps.
Celui qui meurt sans cesser d'être a acquis l'immortalité.
34
Le grand Tao est partout; sa puissance s'étend en tous sens.
Les dix mille êtres comptent sur lui pour naître et vivre, et il ne les déçoit pas. Son oeuvre étant accomplie, il ne se l'attribue pas. Il nourrit les dix mille êtres avec amour, sans les traiter en maître.
Etant éternellement sans désir, on pourrait l'appeler petit; mais les dix mille êtres dépendent de lui; bien qu'il ne les traite pas en maître, on peut l'appeler grand. Voila pourquoi le Saint-Homme, jusqu'à la fin ne se considère pas comme grand; ainsi, il peut accomplir sa grandeur.
35
Attachez-vous à la Grande Idée, et le monde avancera. Il avancera sans peine, dans la paix, la sérénité et l'abondance.
La musique et la bonne chère attirent le voyageur de passage et il s'arrête. Mais ce qui vient du Tao ne flatte pas le palais, car il est sans saveur. On le regarde, mais cela ne suffit pas pour le voir; on l'écoute, mais cela ne suffi pas pour l'entendre.
Si l'on a recours à lui, on ne peut l'épuiser.
36
Ce que l'on veut contracter s'était nécessairement déployé. Ce que l'on veut affaiblir s'était nécessairement fortifié. Ce que l'on veut appauvrir avait nécessairement prospéré. Ce que l'on veut ravir avait nécessairement été
Acquis. Cela s'appelle une lumière cachée.
La douceur triomphe de la dureté, la faiblesse triomphe de la force.
Il ne faut pas que le poisson sorte des profondeurs aquatiques. Les sources de profit du royaume ne doivent pas être révélées aux hommes.
37
Le Tao est éternellement sans agir; cependant tout est fait par lui.
Si les rois et les princes pouvaient le suivre, les dix mille êtres se transformeraient d'eux-mêmes. Transformés, s'ils voulaient agir, je les maintiendrais dans la rectitude grâce à la Simplicité sans nom. La simplicité sans nom les rendrait aussi sans désirs; sans désirs, ils seraient en paix, et l'Univers se rectifierait de lui-même.
38
La suprême Vertu est sans vertu; c'est pourquoi elle est la Vertu. La vertu inférieure est attachée aux vertus, c'est pouquoi elle n'est pas la vertu.
La supême Vertu n'agit pas, et n'a pas de raison d'agir. La vertu inférieure agit par elle-même; elle a des motifs pour agir. L'humanité supérieure agit par elle-même sans mobiles. L'équité supérieure agit par elle-même avec des raisons pour agir La civilité supérieure agit par elle-même; et lorsqu'elle n'obtient pas la réciprocité, elle s'efforce de s'imposer par la contrainte, mais elle est rejetée.
C'est pourquoi lorsque le Tao fut délaissé, il y eut la vertu; la vertu perdue, il y eut l'humanité; après la perte de l'humanité, il y eut l'équité; après la perte de l'équité, il y eut la civilité. Or la civilité n'étant que l'apparence de la droiture et de la sincérité, elle est cause de désordre.
Le savoir n'est qu'ornement du Tao et commencement de l'erreur. C'est pourquoi le Sage s'attache au réel et rejette les apparences; il s'intéresse au fruit plutôt qu'a la fleur; il laisse ceci et saisit cela.
39
Voici ce qui, depuis les origines, possède l'Unité:
Le ciel possède l'Unité par sa pureté, la terre par son repos, les esprits par leur transcendance, les vallées parce qu'elles peuvent se remplir, les dix mille être par leur puissance générative, les princes et les rois par
l'exercice du pouvoir. C'est par cela qu'ils possèdent l'Unité.
Si le ciel cessait d'être pur, il est probable qu'il se dissoudrait; si la terre n'était plus en repos il est probable qu'elle se
désagrégerait; si les esprits perdaient leur transcendance, ils s'anéantiraient; si les vallées ne se remplissaient elles deviendraient stériles; si les dix mille être ne se reproduisaient plus ils disparaîtraient.
C'est pourquoi ce qui est précieux a pour origine ce qui a peu de valeur, et ce qui est élevé est fondé sur ce qui est bas.
C'est pour cette raison que les pinces et les rois s'appellent eux-mêmes orphelins, hommes de peu de valeur, sans mérite. Ne montrent-ils pas par là que leur souche est vulgaire, et n'ont-ils pas raison?
C'est pourquoi un char en pièces séparées n'est plus un char.
Il ne faut pas désirer être surestimé comme le jade, ni foulé au pied comme un caillou.
40
Le retour est le mouvement du Tao; la faiblesse est le moyen dont il se sert.
Toutes choses sous le ciel naissent dans l'Etre; l'Etre naît dans le Non-Etre.
41
Quand un lettré d'une grande élévation entend parler du Tao, il s'applique à le suivre avec zèle. Quand un lettré moyen entend parler du Tao, tantôt il le suit, tantôt il le délaisse. Quand un lettré inférieur entend parler du Tao, il le tourne en dérision; même s'il n'en rit pas cela ne signifie pas qu'il le suive.
C'est pourquoi il est une tradition qui dit: pour le Tao, le lumineux est comme obscure; avancer comme reculer; étranger est comme familier. Pour la suprême vertu, élévation est comme abaissement, candeur comme honte, générosité comme parcimonie, vertu bien établie comme perversité, probité comme malhonnêteté, véracité simple comme duplicité.
Grand carré sans angle, grand vase inachevé, grande mélodie silencieuse, grande image sans contours: le Tao est caché et n'a pas de nom, cependant sa vertu soutient et accomplit tout.
42
Le Tao a produit Un, Un a produit deux, deux a produit trois, trois a produit les dix mille êtres.
Les dix mille êtres fuient le repos et l'obscurité; ils vont vers
le mouvement et l'éclat; un souffle immatériel forme l'Harmonie.
Ce que les hommes détestent, c'est d'être seuls, délaissés, incapables; cependant c'est ainsi que les princes et les rois se qualifient eux-mêmes.
C'est pourquoi, parmi les êtres, les uns se diminuent en s'augmentant et les autres s'augmentent en diminuant.
Ce que j'enseigne est la Doctrine traditionnelle: poutre faîtière que la mort n'atteint pas. Je m'applique à agi selon les ères de la Tradition.
43
Ici-bas, ce qui est le plus malléable l'emporte sur ce qui est dur.
Le Non-Etre pénètre l'impénétrable; c'est par cela que je connais la suprême efficacité du Non-agir.
La maîtrise par le silence, la vertu surabondante par le Non-agir; rare; dans le monde, sont ceux qui les atteignent.
44
Du renom ou de la personne, à quoi tient-on le plus: De la personne ou des richesse qu'est-ce qui importe le plus. Du gain ou del a perte, lequel est affligeant;
De fortes affections exigent de grands sacrifices; l'accumulation des biens entraîne de lourdes pertes.
Savoir se suffire exempte de revers; savoir s'arrêter préserve du danger, et permet de durer longtemps.
45
La perfection accomplie semble incomplête, mais elle sert sans s'user. La grande plénitude paraît vide, mais elle donne sans s'épuiser. La grande droiture semble courbe, la grande habileté paraît maladroite, la grande éloquence semble bégayer.
La vivacité triomphe du froid, le calme triomphe de l'ardeur. Sous l'influence du calme pur, le monde se rectifie.
46
Quand le monde a le Tao, on renvoie les chevaux aux champs. Quand le monde n'a plus le Tao, les chevaux de combat se multiplient dans les faubourgs.
Il n'est pas de plus grande erreur que vouloir satisfaire ses désirs ; il n'est pas de plus grande misère que de ne pas savoir se suffire Il n'est pas de pire calamité que le désir de posséder.
C'est pourquoi celui qui sait se contenter de peu est toujours satisfait
47
Sans franchir sa porte, on connaît l'Univers ; sans regarder par sa fenêtre, on voit le Tao duCiel.
Plus on sort et s'éloigne de soi, moins on acquiert la connaissance de soi.
C'est pourquoi le Saint-homme arrive sans se mouvoir, nomme sans regarder, et accomplit sans agir.
48
En s'adonnant à l'étude, on augmente chaque jour; en se consacrant au TAO, on diminue chaque jour; on ne cesse de diminuer, jusqu'à ce qu'on atteigne le non-agir. Par le non-agir il n'est rien que l'on ne puisse faire, certes !
Pour recevoir l'Empire, l'unique moyen est de ne rien faire pour cela. Tant que l'on agit pour y parvenir, on ne peut gagner l'Empire.
49
Le Saint-Homme n'a pas un coeur immuable, parce qu'il est le coeur des coeurs des Cent familles.
Je suis bon pour qui est bon et je suis bon avec qui ne l'est pas. C'est la bonté de la Vertu, certes! Je suis sincère avec celui qui est sincère et sincère avec celui qui ne l'est pas.C'est la véracité de la Vertu, certes!
Le Saint-Homme vivant dans le monde est craintif 1 craintif ! parce que son coeur est celui du monde entier : dans les Cent familles tous le regardent et l'écoutent Tous sont ses enfants.
50
Sortir dans la vie, c'est entrer dans la mort.
Trois sur dix sont les compagnons de la vie; trois sur dix sont les compagnons de la mort; trois sur dix enfin, dans la vie de l'homme, mettent en mouvement la terre de la mort. Pourquoi cela ? Parce qu'ils vivent leur existence avec trop d'intensité.
En effet, j'ai appris que celui qui excelle harmoniser sa vie peut cheminer sans se garer du rhinocéros ou du tigre, entrer dans la bataille sans cuirasse et sans armes, car rien, en lui, n'est vulnérable à la corne, à la griffe ou au glaive. Pourquoi cela ? Parce qu'il n'appartient plus à la terre de la mort.
51
Le Tao donne la vie aux êtres, sa Vertu les nourrit. Ainsi, les êtres revêtent un corps, et, par une impulsion naturelle, rendent parfait leur développement.
C'est pourquoi, parmi les dix mille êtres, il n'en est aucun qui ne révère le TAo et n'honore sa Vertu. Cette vénération pour le Tao, ce respect pour la Vertu ne sont pas ordonnés, mais toujours spontanés. Car le Tao produit, nourrit, fait croître, protège, parfait, mûrit, entretient, soutient tous les êtres.
Il les fait naître sans se les approprier; ils agissent, et. Il n'attend rien d'eux; ils croissent, et il les laisse libres.
C'est ce qu'on appelle la Vertu mystérieuse,
52
L'Univers a commencé, grâce à la Mère de l'Univers. Si l'on obtient la Mère, on a le moyen de connaître ses enfants. Lorsque l'on connaît les enfants, et que l'on reste uni à la Mère, la mort est sans péril.
Qui clôt sa bouche et ferme ses portes, ne sera point ébranlé jusqu'à la fin de ses jours. Qui ouvre sa bouche, et se passionne pour ses affaires arrive au terme de sa vie sans être délivré.
Qui perçoit ce qui est infime est éclairé. Qui garde sa faiblesse est fort. Qui use de sa simplicité, rentre dans sa lumière, et n'attire pas sur sa personne de fatales épreuves.
Cela s'appelle hériter de l'éternel.
53
Si l'on me confiait une fonction gouvernementale, voici ce que j'enseignerais : « Marchez vers le Grand Tao; craignez seulement de vous mettre en vue ». La Grande Voie est toute simple, mais le peuple préfère les sentiers.
Quand les palais sont trop bien entretenus, les terres sont incultes, les greniers vides. Porter des habits somptueux, des épées tranchantes, se gaver de nourriture et de boissons, accumuler des riehesses, c'est glorifier le vol. Ce n'est pas le Tao, certes !
54
Celui qui fonde sur le Bien ne craint pas la destruction. Celui qui s'attache fermement au Bien ne sera pas dépouillé, ses fils et ses petits-fils lui feront des offrandes perpétuellement.
Cultivée dans sa personne, sa vertu sera spontanée; cultivée dans sa famille, sa vertu augmentera; cultivée dans sa province, elle s'étendra; cultivée dans son royaume, elle sera florissante; cultivée dans l'Empire, elle deviendra universelle.
C'est ainsi que, par l'individu, on connaît les individus, par la famille on connaît les familles, par la province on connaît les provinces, par le royaume on connaît les royaumes, par l'Empire on connaît l'Univers.
Comment sais-je qu'il en est ainsi de l'Univers? Grâce à cela.
Celui qui fonde sur le Bien ne craint pas la destruction. Celui qui s'attache fermement au Bien ne sera pas dépouillé, ses fils et ses petits-fils lui feront des offrandes perpétuellement.
Cultivée dans sa personne, sa vertu sera spontanée; cultivée dans sa famille, sa vertu augmentera; cultivée dans sa province, elle s'étendra; cultivée dans son royaume, elle sera florissante; cultivée dans l'Empire, elle deviendra universelle.
C'est ainsi que, par l'individu, on connaît les individus, par la famille on connaît les familles, par la province on connaît les provinces, par le royaume on connaît les royaumes, par l'Empire on connaît l'Univers.
Comment sais-je qu'il en est ainsi de l'Univers? Grâce à cela.
55
Celui qui recèle en lui la grandeur de la Vertu ressemble au nouveau-né que les bêtes venimeuses ne piquent pas, que les fauves ne déchirent pas, que les oiseaux de proie n'enlèvent pas.
Ses os sont faibles, ses tendons mous; cependant il saisit avec force. Bien qu'il ignore l'union des sexes, il manifeste un orgasme viril, tant est parfaite l'âme vitale. Il crie tout le jour sans être enroué, tant est parfaite l'harmonie.
Connaître l'Harmonie, c'est connaître l'éternel; connaître l'éternel, c'est être illuminé.
Vivre intensément ne rend pas heureux. L'action du coeur sur l'âme vitale rend fort; mais les êtres forts vieillissent. C'est l'opposé du Tao, et ce qui est opposé au Tao dépérit.
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Celui qui sait ne parle pas; celui qui parle ne sait pas.
Clore sa bouche, fermer ses portes, tempérer son ardeur, se dégager de ses liens, harmoniser sa lumière, s'assimiler à son milieu, cela s'appelle la mystérieuse union.
On ne peut l'obtenir et avoir des affections; on ne peut l'obtenir et faire des différences; on ne peut l'obtenir et réaliser des profits; on ne peut l'obtenir et léser autrui; on ne peut l'obtenir et apprécier ceci, déprécier cela.
C'est pourquoi elle est ce qu'il y a de plus précieux au monde.
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Avec la droiture on gouverne un royaume; avec du génie on fait la guerre; mais l'Empire, on le gagne grâce au Non-agir. Comment sais-je qu'il en est ainsi pour l'Empire ? Par cela : plus il y a de règlements et de prohibitions dans l'Empire, plus le peuple s'appauvrit; plus le peuple a de moyens de s'enrichir, plus la vie familiale se trouble dans la nation ; plus le peuple est habile et ingénieux, plus on voit surgir des inventions inutiles; plus le flot des règlements et des lois monte, plus il y a de malfaiteurs et de bandits.
C'est pourquoi le Saint-Homme dit: « Je pratique le Non-agir et le peuple se transforme de lui-même, j'observe le calme pur et le peuple se rectifie delui-même, je n'agis pas pour le lucre et le peuple s'enrichit de lui-même, jesuis sans désirs et le peuple revient à la simplicité primitive.
58
Lorsque le gouvernement est simple et indulgent, le peuple est riche et généreux; lorsque le gouvernement est formaliste et tracassier, le peuple est besogneux et mesquin.
Le bonheur repose sur le malheur; le malheur couve sous le bonheur. Qui connaît leur apogée respective ?
Si le gouvernement est sans droiture, la droiture devient erreur, et le bien devient pervertit,. Les hommes sont égarés et cela dure depuis longtemps.
C'est pourquoi le Saint-Homme prescrit sans blesser, exhorte sans vexer, rectifie sans contraindre, éclaire sans ,éblouir.
59
Pour gouverner les hommes en serrant le Ciel, rien ne vaut la modération.
La modération doit être le premier soin de l'homme; quand elle est devenue son premier soin, on peut dire que la Vertu augmente sans cesse en lui. Par cet accroissement continu de la Vertu, il n'est rien dont il ne soit capable. Lorsqu'il n'y a rien dont il ne soit capable, on ne peut connaître ses limites. Lorsqu'il est impossible de connaître ses limites, il peut posséder le royaume.
Qui posséde la Mère du royaume dure sans fin. C'est la racine profonde, le tronc inébranlable, la voie de la vie amplifiée et de la connaissance durable.
60
On gouverne un grand Etat comme on fait frire un petit poisson. Si l'Empire est gouverné selon le Tao, ses entités invisibles ne montrent pas leurs force. Non pas que ces entités soient impuissantes mais elles ne nuisent pas aux hommes. Non pas qu'elles ne puissent nuire aux hommes, mais parce que le Saint-Homme, lui non plus, ne nuit pas aux hommes. Ni le Saint-Homme, ni ces entités ne les blessent, ni ne se blessent réciproquement.
N'est-ce pas parce que la Vertu les unit dans un accord mutuel ?
61
Un grand pays doit être le lieu bas vers quoi tout s'écoule, un centre d'union pour l'Univers, la femelle du Monde.
La femelle triomphe toujours du mâle par sa passivité. Passive, elle agit en s'abaissant.
C'est pourquoi un grand pays qui se penche vers un plus petit l'attire à lui; de même le petit pays, en s'inclinant devant le grand, gagne sa protection. Ainsi l'un accueille en s'abaissant, l'autre est accueilli en s'inclinant.
Un grand pays n'a pas de plus grand désir que de rassembler et faire vivre les peuples; une petite nation n'a pas de plus grand d,sir que de s'allier aux autres pour servir les hommes.
Or, pour qu'ils obtiennent ce qu'ils souhaitent, il faut que le grand pays s'abaisse.
62
Le Tao est l'asile mystérieux des dix mille êtres, le trésor de l'homme de bien, le salut du pervers.
On peut rechercher les bonnes paroles, admirer les actes généreux qui ennoblissent l'homme mais pourquoi rejetterait-on ce qui vient du méchant ?
C'est ainsi que fut établi un empereur pour gouverner avec trois ministres. Bien qu'il ait les bijoux de jade pour le salut rituel avec les deux mains, et des quadriges de chevaux pour les cortèges solennels, cela ne vaut pas progresser dans le Tao en restant assis.
Qu'est-ce qui motivait la haute estime des Anciens pour le Tao? C'est qu'aussitôt qu'on le cherche on le trouve en soi-même, et qu'il délivre du mal. C'est pourquoi il est ce qu'il y a de plus précieux au monde.
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Pratiquer le Non-agir, c'est oeuvrer dans l'inaction, goûter ce qui est sans saveur, grandir le petit, augmenter le peu, répondre aux offenses par la Vertu, ,laborer le difficile dans le facile, faire de grandes choses avec ce qui est ténu.
Dans l'Univers, les oeuvres difficiles doivent se faire par le facile, les grandes choses doivent s'accomplir par l'imperceptible.
Aussi, le Saint-Homme, jusqu'à la fin, n'entreprend rien de grand; c'est pourquoi il peut accomplir sa grandeur.
Qui promet à la légère mérite certainement peu de confiance; qui trouve tout facile éprouve nécessairement beaucoup de difficultés.
Pour le Saint-Homme, tout est également difficile, c'est pourquoi il achève tout sans difficulté.
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Ce qui est en repos est facile à maintenir ce qui n'est pas esquissé est facile à projeter ce qui est frêle est facile à briser, ce qui est menu est facile à disperser.
Empêchez le mal avant qu'il ne soit, mettez de l'ordre avant que n'éclate le désordre.
- Un arbre énorme est né d'une racine aussi fine qu'un cheveu; une tour de neuf étages s'est édifiée sur un tas de terre; un voyage de mille lieues a commencé par un pas.
Celui qui agit échoue, celui qui prend perd.
C'est pourquoi le Saint-Homme n'agit pas et il n'échoue pas. Il ne prend pas et il ne perd rien
Lorsque le vulgaire entreprend une affaire. il échoue, d'ordinaire, lorsqu'il est sur le point de réussir. Soyez attentifs à la fin comme vous l'êtes au commencement.
Voilà pourquoi le Saint-Homme n'a d'autre désir que d'être sans désirs. Il fait son étude de ne pas étudier. Il remédie aux excès des hommes en aidant les dix mille êtres à être eux-mêmes, mais sans se permettre d'agir.
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Dans l'Antiquité, ceux qui pratiquaient le Tao ne s'en servaient pas pour ,clairer le peuple, mais pour le rendre simple de coeur. Le peuple est difficile à gouverner lorsqu'il sait trop.
C'est pourquoi gouverner un Etat avec la sagesse humaine cause sa ruine; le gouverner sans recourir à la sagesse humaine, c'est faire son bonheur.
Celui qui connaît ces deux choses connaît aussi le Modèle des modèles. La connaissance éternelle du Modèle des modèles s'appelle Vertu mystérieuse. La Vertu mystérieuse est profonde, illimitée, certes ! Aider les êtres à y retourner, c'est coopérer a la Grande harmonie.
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Ce qui fait que les fleuves et les mers peuvent être les rois des Cent vallée, c'est qu'ils se placent bénévolement au-dessous d'elles. Voilà pourquoi ils peuvent être les rois des Cent vallées.
De même, si le Saint-Homme désire être au-dessus du peuple, il faut qu'en parlant il se place au-dessous de lui ; s'il désire le guider, il faut qu'il se mette au dernier rang. Ainsi peut-il occuper un poste élevé sans opprimer les homrries, et être le premier sans que nul n'ait à en souffrir.
Cela étant, l'Empire est tout à la joie de son activité exubérante et ne s'en lasse pas. Comme le Saint-Homme n'entre en lutte avec personne, nul, dans l'Empire, ne peut lutter contre lui.
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Tout le monde dit que je suis grand, mais que je ressemhle à un déshérité. Or, c'est précisément parce que l'on est grand que l'on est déshérité. Pour ce qui est de la noblesse héréditaire, sa valeur s'est amenuisée depuis longtemps, certes !
Pour moi, il y a trois choses précieuses aux-quelles je suis attaché et que je tiens en haute estime : la première est la Charité; la seconde est l'économie; la troisième est l'humilité, qui fait qu'on n'ose se mettre en avant pour agir dans le Monde.
Grâce à la Charité, on peut être audacieux; grâce à l'économie, on peut être généreux; grâce à l'humilité, on peut accomplir de grandes choses.
Aujourd'hui, on manque de Charité et par suite de courage; on manque d'économie et par suite de générosité ; on refuse la dernière place et l'on perd ainsi la première. C'est la voie de la mort, certes ! Mais si l'on a pour arme la Charité, on est sûrement victorieux. Celui qui pratique cela est invincihle, le Ciel le secourt et il est protégé, par sa miséricorde
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La perfection pour celui qui commande, c'est d'être pacifique; pour celui qui combat, c'est d'être sans colère; pour celui qui veut vaincre, c'est de ne pas lutter; pour celui qui se sert des hommes, c'est de se mettre
au-dessous d'eux.
Cela s'appelle la vertu du Non-lutter, l'art de se servir des forces humaines en coopérant avec le Ciel, suprême sagesse des
Anciens.
69
Dans l'art militaire, il y a ce dicton : « J'évite de provoquer, j'attends le défi; je ne me permets pas d'avancer d'un pouce, mais je recule d'un pas « .
Cela s'appelle avancer sans bouger, repousser sans lever le bras, faire comme s'il n'y avait pas d'ennemi, prendre sans armes.
Il n'y a de pire malheur que de se faire un ennemi a la légère; c'est presque perdre notre trésor.
C'est pourquoi, lorsque deux adversaires s'affrontent, il s'ajoute ceci : celui qui est compatissant remporte certainement la victoire.
70
Mes préceptes sont très faciles à comprendre, très faciles à suivre, mais le monde ne peut les comprendre ni les suivre.
Ces enseignements sont fondés sur la Tradition, ces actes sur un principe; cependant ils ne sont pas compris. C'est pour cela qu'on m'ignore. Ceux qui me comprennent sont rares, c'est la mesure de ma valeur, certes !
C'est ainsi que le Saint-Homme, sous des vêtements grossiers, garde un joyau dans son sein.
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Connaître le Non-savoir est élévation. Ignorer cette Connaissance est une maladie. Cependant souffrir de cette maladie c'est par là même n'être'plus malade.
Le Saint-Homme n'a pas cette maladie, car il en souffre. Cela ,tant il n'est plus malade.
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le peuple n'a pas une crainte respectueuse pour les grandeurs, la majesté suprême l'atteindra.
Ne vous trouvez pas à l'étroit dans votre demeure, ne prenez pas en dégoût ce qui est votre existence. Il suffit de ne pas mépriser sa condition pour ne pas s'en lasser.
Le Saint-Homme se connaît sans s'observer; il s'aime sans se priser.
C'est pourquoi il rejette ceci et adopte cela.
73
Le courage qui ose cause la mort ; avoir le courage de ne pas oser donne la vie. Des deux l'un est profitable, l'autre funeste.
Si le Ciel éprouve quelqu'un, qui en connaît la raison ? C'est pourquoi le Saint-Homme ne se décide qu'avec difficulté.
Voici le Tao du Ciel : exceller à vaincre sans lutter, exceller à convaincre sans parler, faire venir spontanément sans appeler, réaliser parfaitement dans une apparente inertie.
Le filet du Ciel est infini ; ses mailles sont larges, mais nul n'en échappe.
74
Si le peuple ne craint plus la mort, quelle efficacité peut avoir la menace de la peine de mort ?
Si on parvenait à lui inspirer la crainte constante de la mort, et que je doive faire arrêter un criminel pour le faire excuter, qui oserait ?
Celui qui éternellement a le pouvoir d'enlever la vie fait mourir. Vouloir se substituer à lui serait agir comme quelqu'un qui veut équarrir du bois à la place du maître-charpentier; il est bien rare, certes ! qu'il ne se
blesse pas la main.
75
Le peuple a faim lorsque ses maîtres dévorent le produit de lourds impôts; voilà la cause de la disette. Le peuple est difficile à gouverner lorsque ses maîtres sont agissants; voilà d'où vient la difficulté de gouverner. Le peuple envisage la mort avec légèreté, parce qu'il peine trop pour vivre; voilà pourquoi il attache peu d'importance à a mort. Car, seul celui qui n'est pas exclusivement accaparé par la lutte pour l'existence, peut sagement apprécier la vie.
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Nouveau-né, l'homme est souple et frêle; mort, il est rigide et dur. A leur naissance, les plantes et les arbres sont tendres et flexibles morts, ils sont rigides et durs.
Solidité et rigidité sont les compagnes de 1a mort; souplesse et faiblesse sont les compagne de la vie.
C'est pourquoi une armée devenue forte ne vaincra pas, un arbre devenu grand sera abattu
Ce qui est fort et grand est dans une position inférieure; ce qui est souple et faible est dans une position élevée.
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La Voie du Ciel ne peut-elle être comparée à celui qui fait un arc ? Il abaisse ce qui est en haut, il élève ce qui est en bas, il enlève ce qui est en trop, il ajoute ce qui manque.
La Voie du Ciel réduit ce qui est excessif, complète ce qui est insuffisant. La voie de l'homme est bien différente : il enlève à celui qui n'a pas assez, pour le donner celui qui a trop.
Qui est capable, ayant du superflu, de le donner au monde ? Celui-là seul qui a le Tao.
C'est pourquoi le Saint-Homme agit sans rien attendre en retour; son oeuvre méritoire mène à bien il ne s'y complaît pas et ne désire pas faire montre de sagesse.
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Il n'est rien au monde de plus Inconsistant et de plus fîible que l'eau; cependant, elle corrode ce qui est dur et fort; rien ne peut lui résister ni la remplacer.
La faiblesse a raison de la force; la souplesse,de la dureté. Tout le monde le sait, mais personne n'y conforme sa conduite.
C'est pourquoi le Saint-Homme dit: « Prendre sur soi les souillures du royaume, c'est être le maître du génie des moissons; prendre sur soi les malheurs de la nation, c'est être le roi du monde. « Paroles profondément vraie, sous une apparence paradoxale ».
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Même après la réconciliation, un grave désaccord laisse toujours subsister quelque ressentiment. Que peut-on faire, alors, pour agir selon le Bien ? Comme le Saint-Homme, qui garde la part la plus désavantageuse dans les contrats sans rien exiger des hommes.
Qui possède la Vertu est l'artisan de la concorde; qui n'a pas la Vertu est l'artisan de La discorde.
Le Tao du Ciel est sans affections; il coopère toujours avec l'homme de bien.
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Si j'avais un petit royaume. d'une faible population et comptant une dizaine ou une centaine d'homme habiles, je m'abstiendrais de les employer. Je veillerais à ce que le peuple comprît la gravité de la mort et n'émigrât pas au loin. Bien qu'ayant des barques et des chars,il n'en userait pas; possédant des armes et des cuirasses, il ne s'en servirait pas.
Je ferais en sorte qu'il revienne à l'usage des cordelettes nouées. Il trouverait sa nourriture savoureuse, beaux ses vêtements, paisibles ses demeures, pleines de charme ses coutumes.
Quand bien même les habitants d'un hameau frontalier et ceux du pays voisin pourraient se voir, entendre les chants de leurs coqs et les aboiements de leurs chiens, ils atteindraient la vieillesse, puis la mort, sans qu'ils n'ait eu de visites réciproques.
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Les paroles sincères ne sont pas recherchées, les paroles recherchées ne sont pas sincères. L'homme de bien ne discute pa, celui qui discute n'est pas bon. Celui qui sait n'est pas érudit, celui qui est érudit ne sait pas.
Le Saint-Homme ne thésaurise rien; tout ce qu'il a, il s'en sert pour aider les autres. Ayant tout épuisé il reçoit davantage et donne tout. Quand il a tout donné, il possède encore plus.
Le Tao du Ciel est aigu, mais ne blesse pas; la voie du Saint-Homme est d'agir sans lutter.
Publié par kristo à 17:34:20 dans Textes, fragments "prise de tête" pour les pt'its qu'y n'en veulent | Commentaires (0) | Permaliens
>Publié par kristo à 17:43:58 dans Textes, fragments "prise de tête" pour les pt'its qu'y n'en veulent | Commentaires (3) | Permaliens
Avant d'aller se coucher, une pensée Soufi:
La religion positive est l'aspect exotérique de l'Idée, et l'Idée est l'aspect ésotérique de la religion positive... La religion positive est le symbole; l'Idée est le symbolisé. L'exotérique est en perpétuelle fluctuation avec les cycles et périodes du monde; l'ésotérique est une Energie divine qui n'est pas soumise au devenir.
('Nâsir-e Khosraw) C24
Publié par kristo à 23:11:56 dans Textes, fragments "prise de tête" pour les pt'its qu'y n'en veulent | Commentaires (0) | Permaliens
Novalis, portrait: http://tubulures.blogg.org/album-15873-offset-10.html
Les mots abstraits sont les gaz sous l'étiquette : l'Invisible.
Là où règne la véritable propension à la méditation, et non pas seulement à penser telle ou telle pensée, là aussi il y a progression. Beaucoup de savants ne possèdent pas cette propension. Ils ont appris à raisonner et à conclure, comme un cordonnier à faire des souliers, sans jamais arriver à l'idée mère ou sans s'inquiéter de trouver le fond des pensées. Cependant le salut ne se trouve pas en d'autres voies. Chez plusieurs cette propension ne dure qu'un certain temps. Elle décroît, souvent avec les années, très souvent aussi avec l'invention d'un système qu'ils ne cherchent que pour s'élever au-dessus des peines de la méditation.
La tâche suprême de la culture est de s'emparer de son moi transcendantal, d'être vraiment le moi de son moi. Il est d'autant moins surprenant que nous n'ayons pas l'intelligence et le sens complet des autres hommes. Sans une complète intelligence de soi-même, on n'apprendra jamais à comprendre vraiment les autres.
Avant l'abstraction tout est un, mais un chaos ; après l'abstraction tout est réuni, mais cette réunion est une libre association de choses indépendantes et déterminées par elles-mêmes. D'une masse est née une société, le chaos est changé en un monde complexe.
L'expérience est la preuve du rationnel et réciproquement. L'insuffisance de la théorie pure dans l'application, au sujet de laquelle glose souvent l'homme pratique, se retrouve d'un autre côté dans l'application rationnelle de la pure expérience, et est suffisamment remarquée par le véritable philosophe, encore qu'il reconnaisse que c'est inévitable. C'est pourquoi l'homme pratique rejette toute la théorie pure sans se douter combien serait problématique la réponse à cette question : « La théorie existe-t-elle pour l'application ou l'application pour la théorie ? »
Aux premiers temps de la découverte du jugement, chaque jugement nouveau était une trouvaille. La valeur de cette trouvaille augmentait à proportion de l'applicabilité et de la fécondité de ce jugement. Il fallait alors, pour créer des sentences qui nous paraissent aujourd'hui fort ordinaires, un degré inaccoutumé de vie spirituelle. Il fallait de la sagacité et du génie pour trouver de nouvelles relations à l'aide de l'instrument nouveau. L'application de celles-ci aux choses les plus particulières, les plus intéressantes et les plus générales de l'humanité, devait éveiller un grand étonnement et appeler l'attention de tous les sages. C'est de là que naquirent les recueils gnomiques, qu'en tout temps et chez tous les peuples on estima si haut. Il est bien possible que nos géniales découvertes d'aujourd'hui aient plus tard le même sort Un temps viendra où tout ceci sera aussi commun qu'aujourd'hui nos proverbes, et où de nouvelles et plus hautes découvertes occuperont l'infatigable esprit de l'homme.
La véritable conquête, chez Fichte et Kant, se trouve dans la méthode, dans la régularisation du génie.
Le désir de savoir est étrangement mêlé ou composé de mystère et de science.
La logique ordinaire est la grammaire de la langue supérieure ou de la pensée. Elle contient simplement les relations des concepts entre eux, la mécanique de la pensée, la pure physiologie du concept. Les concepts logiques sont entre eux comme les mots sans pensée. La logique s'occupe uniquement des corps morts de la philosophie. La métaphysique est la pure dynamique de la pensée, elle traite des forces pensantes originelles, elle s'occupe de l'âme de la philosophie. Les concepts métaphysiques sont entre eux comme les pensées sans mots.
Souvent l'on s'étonna de l'imperfection persistante des deux sciences, chacune d'elles allait son chemin, et rien ne concordait. Dès l'origine, on chercha à les unir, car tout en elles annonçait la parenté. Mais toute tentative échoua, parce que l'une des deux souffrait toujours de cette union et y perdait son caractère essentiel. On en resta à la métaphysique logique et à la logique métaphysique, mais aucune d'elles n'était ce qu'elle devait être. Il n'en alla pas mieux de la physiologie et de la psychologie, de la mécanique et de la chimie. En la seconde moitié de ce siècle se produisit ici une inflammation plus violente que jamais. Les masses ennemies s'entassèrent plus énormément les unes contre les autres ; la fermentation fut extraordinaire et il s'ensuivit de puissantes explosions. À présent, quelques-uns prétendent qu'il s'est produit quelque part une véritable interpénétration, que le germe de l'union vient d'éclore, qui peu à peu grandira et formera de tout un tout indivisible, que le principe de la paix éternelle s'étend irrésistiblement de tous côtés, et que bientôt il n'y aura qu'une science comme il n'y a qu'un prophète et un Dieu.
Le scolastique est le penseur brut et discursif. Le véritable scolastique est un subtiliste mystique. Il construit son monde d'atomes logiques, il anéantit la nature vivante pour mettre à sa place l'oeuvre artificielle de la pensée. Son but est un automate infini. Son contraire est le poète brut et intuitif, celui-ci est un macrologue mystique. Il hait la règle et la forme fixe. À la place de celles-ci règne dans la nature une vie sauvage et violente. Tout est animé. Aucune loi. Caprice et miracle partout. Il est uniquement dynamique. C'est ainsi que l'esprit philosophique se meut d'abord en deux masses absolument séparées. Au second degré de culture, les masses commencent à se toucher de diverses façons, et de même que de la réunion d'extrêmes infinis, naît le fini, le limité ; naissent également d'innombrables éclectiques : l'époque des malentendus commence. Le plus limité est, ici, le plus important, le plus pur philosophe du deuxième degré. Cette classe est toute bornée au monde réel, actuel, au sens le plus strict. Les philosophes de la première classe considèrent avec dédain ceux de la seconde. Ils disent qu'en elle il y a de tout un peu et partant rien, ses vues lui semblent des suites de la faiblesse, de l'inconséquence. De son côté, la seconde classe a pitié de la première et lui reproche ses rêveries absurdes jusqu'à la folie. Si d'un côté les scolastiques et les alchimistes semblent absolument divisés et les éclectiques unis, de l'autre côté c'est tout juste le contraire. Les premiers sont, en effet, indirectement d'accord, - à savoir sur l'absolue indépendance et la tendance infinie de la méditation. Ils partent tous deux de l'absolu. Tandis que les seconds sont essentiellement divisés et ne s'accordent que sur certaines conséquences. Les uns sont infinis mais uniformes. Ceux-ci finis, mais multiformes. Ceux-là ont le génie, ceux-ci le talent Ceux-là l'idée, ceux-ci le savoir faire. Ceux-là sont des têtes sans mains, ceux-ci des mains sans têtes. L'artiste qui est à la fois instrument et génie, gravit le troisième degré. Il trouve que cette séparation originelle des activités philosophiques absolues est une séparation plus profonde de son être dont l'existence dépend de la possibilité de son adaptation, de sa réunion ; il trouve que quelque hétérogènes que soient ces activités, il a cependant en lui la faculté d'aller de l'une à l'autre et de changer comme il le veut sa polarité. Il découvre ainsi qu'elles sont des parties nécessaires de son esprit, et remarque que toutes deux doivent être unies en un principe commun. Il en conclut que l'éclectisme n'est que le résultat de l'emploi incomplet et défectueux de cette faculté. Il lui paraît plus que probable que la cause de cette imperfection est la faiblesse de l'imagination productive qui ne peut pas, au moment où elle passe de l'une à l'autre partie, continuer à planer et à contempler. La complète représentation de la véritable vie spirituelle élevée à la conscience par cette méditation est la philosophie Κατ'εξοχην : ici naît cette réflexion vivante qui par une culture soigneuse s'éploie, d'elle-même, par la suite, en un univers spirituel infini, noyau et germe d'une organisation qui contient tout. C'est le commencement d'une véritable auto-pénétration de l'esprit qui ne finit jamais.
Les sophistes sont des hommes qui, attentifs aux faiblesses des philosophes et aux fautes de l'art, cherchent à les utiliser à leur profit, ou dans quelque but méprisable et aphilosophique. Ils n'ont donc rien de commun avec la philosophie. S'ils sont foncièrement aphilosophes, il faut les considérer comme les ennemis de la philosophie et les traiter comme tels. La classe la plus dangereuse est celle des sceptiques par pure haine de la philosophie. Les autres sceptiques sont partiellement fort dignes de considération. Ce sont les avant-coureurs de la troisième période. Ils ont le don de distinction vraiment philosophique, et il ne leur manque que quelque force spirituelle. Ils ont la capacité nécessaire, mais non la force s'incitant elle-même. Ils sentent l'insuffisance des systèmes actuels. Aucun ne les vivifie entièrement, ils ont le goût authentique, mais il leur manque l'énergie nécessaire de l'imagination productive. Il faut qu'ils soient polémistes. Tous les éclectiques sont sceptiques au fond, et plus ils embrassent, plus ils sont sceptiques. Cette dernière observation est confirmée par ce fait, que jusqu'ici les savants les plus grands et les meilleurs ont reconnu, à la fin de leur vie, qu'ils savaient le moins...
Philosopher, c'est déphlegmatiser, vivifier. Jusqu'ici, dans l'examen de la philosophie, on a d'abord tué celle-ci, puis on l'a disséquée et analysée. On croyait que les parties constituantes du caput mortuum étaient celles de la philosophie. Mais toujours avortait toute tentative de réduction ou de reconstitution. Pour la première fois, en ces temps-ci, on a commencé à observer la philosophie en vie, et il se pourrait faire qu'on obtint ainsi l'art de faire des Philosophies.
Le véritable acte philosophique est le suicide. C'est le réel commencement de toute philosophie. C'est à lui qu'aboutissent tous les désirs du disciple, et cet acte seul répond à toutes les conditions et à tous les signes de l'action transcendantale.
La philosophie est, comme toute science synthétique, comme les mathématiques arbitraire. C'est une méthode idéale et trouvée par elle-même, d'observer, d'ordonner, etc., - l'intérieur.
Fichte, en exécutant son idée, a donné la meilleure preuve de l'idéalisme. - Ce que je veux, je le peux. Chez l'homme rien n'est impossible.
La philosophie est un art d'auto-séparation et d'auto-réunion. Un art d'auto-spécification et d'auto-génération.
La philosophie est foncièrement anti-historique. Elle va du futur et du nécessaire au réel. C'est la science de l'universel sens divinatoire. Elle éclaire le passé par le futur. Tandis que l'histoire fait le contraire.
Le sens de la socratie est que la philosophie est partout ou nulle part ; et qu'on peut, sans peine, s'orienter partout et trouver ce qu'on cherche. La socratie est la science, étant donné un point quelconque, de trouver la position de la vérité, et de déterminer ainsi exactement les relations de ce point avec la vérité.
La philosophie est à proprement parler le mal du pays. Le désir d'être partout chez soi.
Tout commencement réel est un second moment. Tout ce qui est et apparaît, ne naît et n'apparaît qu'en vertu d'une supposition son fond individuel, son moi absolu le précède, et doit en tout cas être pensé avant lui.
Le avait commencé, il aurait dû commencer ainsi. Le commencement est déjà un concept postérieur ; le commencement est postérieur au mol ; c'est pourquoi le mol ne peut pas avoir commencé. Nous voyons par là que nous sommes ici dans le domaine de l'art ; mais cette supposition artificielle est à la base d'une science qui naît toujours de faits artificiels.
À proprement parler, le Criticisme (la méthode d'épuisement qui comprend la méthode de renversement) est cette doctrine qui, dans l'étude de la nature, nous renvoie à nous-mêmes, à l'observation et à la sollicitation intérieures et qui, dans l'étude de nous-mêmes, nous renvoie au monde extérieur et à l'observation, à la sollicitation extérieures : au point de vue philosophique, la plus fructueuse des indications. Elle fait que nous pressentons la nature comme si elle était un être humain ; elle montre que nous ne pouvons rien comprendre que comme nous nous comprenons nous-mêmes, comme nous comprenons notre amante, nous-mêmes et vous-mêmes. Maintenant, nous voyons les liens véritables qui attachent le sujet à l'objet, nous voyons qu'il y a en nous aussi un monde extérieur, qui se trouve, avec notre intimité, en des relations analogues à celles où se trouve le monde extérieur hors de nous avec notre extérieur ; et que celui-ci et celui-là sont unis de la même façon que notre intérieur et notre extérieur ; de sorte que nous ne pouvons saisir que par la pensée, l'intérieur et l'âme de la nature, comme nous ne pouvons saisir que par la sensation l'extérieur et le corps de la nature.
La philosophie véritable est entièrement un idéalisme réaliste ou spinozisme. Elle repose sur une foi supérieure. La foi est inséparable de l'idéalisme.
La distinction entre l'erreur et la vérité se trouve dans la différence de leurs fonctions vitales. L'erreur vit de la vérité. La vérité vit sa vie en elle-même. On anéantit l'erreur comme on anéantit les maladies : et ainsi l'erreur n'est autre chose qu'une inflammation ou une extinction logique, rêverie ou philistinerie. L'une laisse généralement après elle un manque apparent de force pensante, à quoi rien ne peut remédier qu'une suite décroissante d'excitations, de mesures coercitives. L'autre dégénère souvent en une vivacité trompeuse dont les dangereux symptômes ne peuvent être écartés que par une série progressive de moyens violents. Les deux dispositions ne peuvent être changées que par des cures chroniques et strictement suivies.
La peinture véritable de l'erreur est la peinture indirecte de la vérité. La peinture véritable de la vérité est seule vraie. La peinture véritable de l'erreur est erreur elle-même, en partie, la peinture opposée et erronée de l'erreur donne la vérité.
L'erreur, vue de plus haut, a une face bien plus pernicieuse que celle que l'on voit d'ordinaire. Elle est la base d'un univers faux, et le premier chaînon d'une inextricable chaîne d'égarements et d'enchevêtrements. L'erreur ou le mensonge est la source de tout mal.
L'idée de la philosophie est une tradition mystérieuse. La philosophie est en général l'entreprise de savoir. C'est une science des sciences, indéterminée, le mysticisme du désir de savoir en général ; en quelque sorte l'esprit des sciences, donc irréprésentable, si ce n'est en images ou dans l'application, dans l'exposition complète d'une science spéciale. Comme toutes les sciences se tiennent, la philosophie ne sera jamais achevée. Ce n'est que dans le système complet de toutes les sciences que la philosophie sera pour la première fois visible.
Nous nous imaginons Dieu personnel, comme nous nous imaginons nous-mêmes personnels. Dieu est aussi personnel et individuel que nous : car notre soi-disant moi n'est pas notre moi véritable, mais seulement son reflet.
Il y a en nous certaines pensées qui paraissent avoir un caractère entièrement différent des autres ; car elles sont accompagnées d'une sensation de fatalité ; et cependant il n'y a pas de raison extérieure pour qu'elles naissent. Il semble que l'on prenne part à un dialogue, et que quelque être inconnu et spirituel nous donne d'une manière étrange l'occasion de développer les pensées les plus évidentes. Cet être doit être un être supérieur, puisqu'il entre en rapport avec nous d'une manière qui est impossible aux êtres liés aux apparences. Il faut que cet être nous soit homogène, puisqu'il nous traite comme des êtres spirituels et ne nous appelle que fort rarement à l'activité personnelle. Ce moi supérieur est à l'homme ce que l'homme est à la nature ou le sage à l'enfant. L'homme s'efforce à lui devenir semblable, comme lui s'efforce de devenir semblable au non-moi. Il n'est pas possible d'établir ce fait ; il faut que chacun de nous l'éprouve en soi. C'est un fait d'ordre supérieur, que l'homme supérieur saisira seul ; mais les autres s'efforceront de le faire naître en eux. La philosophie est une autologie d'essence supérieure, une auto-manifestation, l'excitation du moi réel par le moi idéal. La philosophie est le fond de toutes les autres manifestations et la résolution de philosopher est l'invitation faite au moi réel qu'il ait à prendre conscience, à s'éveiller et à devenir esprit. Sans philosophie, pas de moralité véritable et sans moralité pas de philosophie.
Toute attention portée sur un objet, ou (ce qui revient au même) toute direction déterminée, fait naître une relation réelle, car par cette distinction nous éprouvons en même temps la force attractive de cet objet qui commence à prépondérer, ou la force centripète individuelle, qui, tandis que nous nous livrons à elle, et pourvu que nous ne la reperdions pas, mais qu'au contraire, nous la gardions soigneusement, nous conduit heureusement au but de nos désirs.
Ainsi, la vraie philosophie en commun est une expédition fraternelle vers un monde aimé, expédition dans laquelle on se relève alternativement aux avant-postes, là où les plus grands efforts sont requis contre l'élément hostile dans lequel on flotte. On suit le soleil, et l'on s'arrache au lieu qui, suivant les lois de la rotation de notre univers, est plongé pour un temps dans la brume et la nuit. (Mourir est un véritable acte philosophique.)
En tout système, individu d'idées, qui est un agrégat, un produit, etc., une ou plusieurs idées ou remarques ont surtout prospéré, ont étouffé les autres ou sont demeurées seules. Dans le système spirituel de la Nature, il faut que partout on les rassemble, et qu'on donne à chacune d'elles son sol propre, son climat, les meilleurs soins et le voisinage qui lui convient ; afin de former un Paradis d'idées. C'est le véritable système. Le Paradis était l'idéal de la terre et la question était de savoir où il est n'est pas insignifiante. Il est, en quelque sorte, répandu sur toute la terre, et c'est pourquoi il est devenu si méconnaissable. Ses traits épars seront réunis, son squelette sera recouvert, c'est là, la régénération du Paradis.
On ne doit jamais avouer que l'on s'aime soi-même. Le mystère de cet aveu est le principe vital du seul véritable et éternel amour. Le premier baiser que l'on donne, ces choses entendues, est le principe de la philosophie, l'origine d'un monde nouveau, le commencement de la computation absolue des temps, la conclusion d'une alliance avec soi-même, alliance qui prospérera indéfiniment. À qui ne plairait pas une philosophie dont le germe est un premier baiser L'amour popularise la personnalité et rend les individu alités communicables et compréhensibles.
L'idéalisme n'est autre chose que l'empirisme véritable.
La désignation par les sons et les traits est une remarquable abstraction. Cinq lettres me représentent Dieu ; quelques traits, un million de choses. Combien devient facile le maniement de l'univers, combien devient visible la concentricité du monde spirituel ! La grammaire est la dynamique du royaume de l'esprit. Un mot d'ordre remue des armées, le mot : liberté, remue des nations.
Nous sommes en relations avec toutes les parties de l'univers, ainsi qu'avec l'avenir et le passé. C'est uniquement de la direction et de la durée de notre attention observatrice, que dépend la question de savoir quelle relation nous voulons avant tout cultiver, quelle relation sera pour nous la plus importante et la plus active. La vraie méthode de cette manière d'agir ne pourrait être autre chose que cette science divinatoire si longtemps souhaitée, et peut-être serait-elle davantage encore. L'homme agit constamment selon ses lois, et la possibilité de la trouver par l'observation générale de soi-même, est indubitable.
Comment l'homme peut-il avoir l'idée d'une chose s'il ne porte pas le germe en soi ? Ce que je vais comprendre doit se développer en moi organiquement ; et ce que j'ai l'air d'apprendre n'est que nourriture, excitation de l'organisme.
Une définition est un nom réel ou générateur. Un nom ordinaire n'est qu'une note. Schemhamphorasch, nom des noms. La définition réelle est un mot magique. Chaque idée a une échelle de noms ; le nom supérieur est absolu et inconnaissable. Vers le milieu, les noms deviennent plus communs, et descendent enfin dans l'antithétique dont le dernier degré est anonyme aussi.
Rentrer en soi, signifie chez nous s'abstraire du monde extérieur. Chez les esprits, la vie terrestre s'appelle analogiquement, une contemplation intérieure, une introversion, une activité immanente. La vie terrestre naît ainsi d'une réflexion originelle, d'une introversion primitive, d'un rassemblement en soi-même qui est aussi libre que notre réflexion. Inversement, la vie spirituelle en ce monde naît d'une évasion de cette réflexion primitive. L'esprit se déploie de nouveau, ressort de lui-même, soulève de nouveau, en partie, cette réflexion et dans ce moment dit moi pour la première fois. On voit ici combien sont relatives l'introversion et l'extroversion. Ce que nous appelons rentrer est proprement sortir, une réadoption de la force primitive.
Chaque descente du regard en soi-même est en même temps une ascension, une assomption, un regard vers l'extérieur véritable.
Nous ne nous comprendrons jamais entièrement ; mais nous ferons et nous pouvons faire bien plus que nous comprendre...
Si un esprit nous apparaissait, nous nous rendrions immédiatement maîtres de notre spiritualité, nous serions inspirés en même temps par nous-mêmes et par l'esprit. Sans inspiration, pas d'apparition d'esprits. L'inspiration est à la fois apparition et contre-apparition, appropriation et partage ou communication.
L'homme ne vit, n'agit que dans l'idée, par le souvenir de son existence. Nous n'avons pas en ce monde d'autre moyen d'action spirituelle. C'est pourquoi, c'est un devoir de penser aux morts. C'est le seul moyen de leur rester unis. Dieu lui-même n'agit en nous que par la foi.
Le préjugé le plus arbitraire est celui qui prétend que le pouvoir de s'extérioriser, de se trouver, avec conscience, de l'autre côté des sens, est refusé à l'homme. L'homme peut être, à chaque instant, un être placé au-dessus des sens. Sans quoi, il ne serait pas un citoyen de l'univers ; il serait un animal. Certes, la réflexion, la perception de soi-même est très difficile en cet état, attendu qu'il est si constamment, si nécessairement lié aux changements de nos autres états. Mais plus nous parvenons à devenir conscients de cet état, plus deviennent puissantes, vivantes et satisfaisantes la conviction qui en naît, et la foi en d'authentiques manifestations de l'esprit. Ce n'est pas voir, entendre, sentir, c'est composé de ces trois choses, c'est une sensation de certitude immédiate, un aspect de notre vie la plus véritable et la plus personnelle. Les pensées se changent en lois ; les souhaits en réalisations. Pour le faible, le fait de ce moment est un article de foi. Le phénomène devient frappant surtout, à la vue de maintes formes, de maints visages humains, notamment à l'aspect de certains yeux, de certains traits, de certains mouvements, à l'audition de certains mots, à la lecture de certains passages, au moment de certaines considérations sur la vie, l'univers, le destin. Un grand nombre d'événements, beaucoup de phénomènes naturels, principalement les saisons et certaines heures du jour, nous font éprouver des choses de ce genre. Certaines dispositions sont surtout favorables à de telles manifestations. La plupart sont momentanées, quelques-unes s'attardent, le plus petit nombre demeure. Il y a ici de grandes différences entre les hommes. L'un est plus que l'autre susceptible de manifestation, l'un en possède le sens, l'autre l'esprit Le dernier demeurera toujours dans la douce lumière de la manifestation ou de la révélation, tandis que le premier n'aura que des illuminations variables, mais plus nombreuses et plus claires. Ce pouvoir est également susceptible de maladie, qui indique un excès de sens et un défaut d'esprit, ou un excès d'esprit et un défaut de sens.
Il est étrange que l'homme intérieur n'ait été considéré que d'une manière si misérable, et qu'on n'en ait traité que si stupidement. La soi-disant psychologie est aussi une de ces larves qui ont usurpé dans le sanctuaire la place réservée aux images véritables des dieux. Qu'on a peu employé jusqu'ici la physique à expliquer le caractère, et le caractère à expliquer le monde extérieur ! Intelligence, fantaisie, raison, tout est dit. Pas un mot de leurs mélanges singuliers, de leurs formations, de leurs transformations. L'idée n'est venue à personne de rechercher de nouvelles forces innommées, et de suivre la filière de leurs rapports. Qui sait quelles unions merveilleuses, quelles générations étonnantes sont encore renfermées en nous-mêmes ?
Si notre corps n'est autre chose qu'une commune action centrale de nos sens, si nous sommes maîtres de nos sens, si nous pouvons les faire agir à volonté, les centraliser, il ne dépend que de nous de nous donner le corps que nous désirons. Si nos sens ne sont autre chose que des modifications de l'organe de la pensée, de l'élément absolu, nous pourrons aussi, en dominant cet élément, modifier et diriger nos sens selon notre bon plaisir. Déjà le peintre, dans une certaine mesure, a l'oeil en son pouvoir, le musicien l'oreille, le poète l'imagination, l'organe de la parole et les sensations (ou plutôt il a déjà en son pouvoir un grand nombre d'organes dont il réunit l'action sur l'organe de la parole). Le philosophe a l'organe absolu ; ils en usent à volonté et par eux se représentent les mondes spirituels. Le génie n'est autre chose que l'esprit appliqué à l'usage actif des organes. Jusqu'ici nous n'avons eu que du génie particulier ; il faut que l'esprit devienne génie total.
De la même manière que nous transformons en paroles les mouvements de l'organe de la pensée, que nous les exprimons par des gestes, que nous les imprimons en nos actes, de la même manière que nous nous mouvons et que nous nous arrêtons à volonté, que nous unissons et séparons nos mouvements ; de la même manière il faut que nous apprenions aussi à arrêter, à réunir et à séparer les organes intérieurs de notre corps. Tout notre corps peut absolument être mis en mouvement par l'esprit. Les effets de la crainte, de la terreur, de la tristesse, de l'envie, de la colère, de la honte, de la joie, de la fantaisie, etc., sont des indications suffisantes. En outre, on a suffisamment d'exemples d'hommes qui ont acquis un pouvoir arbitraire sur certaines parties de leur corps habituellement soustraites à la volonté. Alors, tout homme sera son propre médecin, et pourra acquérir le sentiment exact de son corps, alors l'homme, pour la première fois, vraiment indépendant de la nature, sera peut-être en état de faire renaître un membre perdu, de se tuer par sa simple volonté, et d'obtenir ainsi des éclaircissements authentiques sur les corps, les âmes, l'univers, la vie, la mort et le monde des esprits. Alors, il dépendra probablement de lui d'animer la matière, il obligera ses sens à produire la forme qu'il désire, pour pouvoir vivre véritablement dans son monde. Alors, il aura la faculté de se séparer de son corps quand il lui plaira ; il verra, entendra, sentira ce qu'il veut, comme il veut, et sous quelque rapport qu'il le désire...
La foi est déjà le pouvoir de produire, à volonté, des sensations en nous. Nous pouvons et nous devons augmenter et cultiver indéfiniment ce pouvoir et cette aptitude. Si nous étions aveugles, sourds et insensibles, tandis que notre âme serait entièrement ouverte, notre esprit serait ce que nous est maintenant le monde extérieur ; et le monde intérieur serait avec nous dans le même rapport que nous nous trouvons aujourd'hui avec le monde extérieur ; et qui sait, si nous pouvions comparer les deux situations, si nous y trouverions une différence. Nous sentirions maintes choses pour lesquelles les sens seuls nous manquaient, par exemple, la lumière, le son, etc. Nous ne pourrions produire que des transformations qui seraient analogues à des pensées, et nous éprouverions un désir qui s'efforcerait de nous procurer ces sens que nous appelons à présent sens extérieurs. Peut-être que peu à peu, par des efforts divers, nous pourrions produire des yeux, des oreilles, etc. Attendu que notre corps serait alors en notre pouvoir, serait une partie de notre monde intérieur, comme notre âme l'est maintenant. Il ne faudrait pas que notre corps fût si absolument privé de sens, pas plus que notre âme. Qui sait s'il ne nous paraîtrait privé de sens que parce qu'il fait partie de nous-mêmes et que l'auto-séparation intérieure, par laquelle le corps deviendrait voyant, entendant et sensible pour notre conscience serait très difficile. Ici aussi naîtrait un moi absolument pratique et empirique.
Il ne faut pas que nous soyons simplement des hommes ; il faut aussi que nous soyons plus que des hommes. L'homme en général équivaut à l'univers. Ce n'est rien de déterminé. Cela peut et doit être en même temps quelque chose de déterminé et d'indéterminé.
Tout ce que fait l'homme est un homme ou (ce qui est la même chose) une partie de l'homme, un être humain.
Nous sommes près du réveil quand nous rêvons que nous rêvons.
Notre vie n'est pas un songe, mais peut-être en deviendra-t-elle un.
Le songe nous montre d'une manière remarquable la facilité qu'a notre âme à pénétrer dans tout objet, à se changer immédiatement en cet objet
Le sein est la poitrine élevée au mystère ; la poitrine moralisée. Un homme mort est un homme élevé à l'état de mystère absolu.
Il est certain qu'une opinion gagne énormément, sitôt que je sais que quelqu'un, quelque part, est convaincu de sa vérité. Il est vrai qu'il faut que ce soit d'une façon telle que la cause n'en saute pas immédiatement aux yeux. L'autorité a du poids ; car elle fait qu'une opinion devient mystique, attrayante. Les mystères sont l'armature, les condensateurs de la faculté divinatrice, de l'intelligence.
Un véritable amour pour un objet inanimé est parfaitement admissible, de même que pour des plantes, des animaux, la nature, et même envers soi. Lorsque l'homme possède un véritable toi intérieur, il en résulte un commerce très spirituel et très matériel, et la passion la plus ardente est possible. Le génie n'est peut-être autre chose que le résultat d'un pareil pluriel intérieur. Les secrets de ce commerce sont encore fort obscurs.
Les souhaits et les désirs sont des ailes. Il y a des souhaits et des désirs qui sont si peu en rapport avec notre existence terrestre, que nous pouvons avec certitude, en conclure une vie où ils deviendront des ailes puissantes, un élément qui les soulèvera et des îles où ils pourront s'abattre...
N'y aurait-il pas en nous une puissance qui jouerait ici le même rôle que ce qu'il y a de meilleur hors de nous : l'éther, cette matière visible-invisible ; la pierre philosophale qui est partout et nulle part, qui est tout et qui n'est rien ? Nous l'appelons instinct ou génie, elle est partout présente, elle est plénitude de l'avenir, la plénitude des temps en général ; c'est-à-dire qu'elle est au temps ce que la pierre philosophale est à l'espace ; la raison, la fantaisie, l'intelligence, le sentiment ne sont que ses fonctions particulières.
Le génie est en quelque sorte l'âme de l'âme, une relation entre l'âme et l'esprit. On peut, avec raison, appeler idole le substratum ou schéma du génie. L'idole est un analogue de l'homme.
L'homme a commencé par l'instinct et finira par lui. L'instinct est le génie en Paradis, avant la période de séparation de soi (de la conscience). Il faut que l'homme se divise en deux, et non seulement en deux, mais en trois, etc.
Qu'est-ce que la nature ? Un index encyclopédique et systématique ou un plan de notre esprit. Pourquoi nous contenterions-nous du simple catalogue de nos trésors ? Examinons-les, travaillons-les et utilisons-les. La fatalité qui nous opprime, c'est la pesanteur de notre esprit. En élargissant, en développant notre activité, nous nous transformerons en fatalité. Tout semble descendre sur nous, parce que nous ne montons pas. Nous sommes négatifs parce que nous le voulons. Plus nous devenons positifs, plus le monde, devient négatif autour de nous, jusqu'à ce qu'à la fin, il n'y ait plus de négation, mais que nous soyons tout en tout. Dieu veut des dieux.
En réalité, le monde spirituel nous est déjà ouvert, il est toujours visible. Si nous avions tout à coup l'élasticité nécessaire, nous verrions que nous sommes au milieu de ce monde. Notre malheureux état actuel rend toujours nécessaire une méthode curative. Autrefois, c'était les jeûnes et les purifications morales, aujourd'hui, la méthode roborative serait peut-être nécessaire.
Tout ce que nous éprouvons est une communication. Ainsi l'univers est en réalité une communication, une manifestation de l'esprit. Le temps n'est plus où l'esprit de Dieu était compréhensible ; et le sens du monde est perdu. Nous en sommes restés à la lettre, et l'apparition nous a fait oublier ce qui apparaît. Autrefois tout était apparition de l'esprit, aujourd'hui nous n'apercevons plus que des reflets morts que nous ne comprenons plus. Le sens de l'hiéroglyphe fait défaut, et nous vivons encore sur les fruits de temps meilleurs.
Toute conviction est indépendante de la vérité naturelle ; elle se rapporte à la vérité magique ou miraculeuse. On ne peut être convaincu de la vérité naturelle que pour autant qu'elle devienne vérité miraculeuse. Toute preuve repose sur la conviction, et n'est par conséquent qu'un expédient employé là où manque une vérité miraculeuse plus générale. Toutes les vérités naturelles reposent donc aussi sur des vérités miraculeuses.
Tout ensorcellement a lieu par identification partielle avec l'ensorcelé, que je puis obliger ainsi, à voir, à croire, à sentir une chose comme je le désire.
Le magicien est poète. Le prophète est au magicien ce que l'homme de goût est au poète.
Toute expérience est magie et ne peut s'expliquer que magiquement. L'empirisme finit par une idée unique, comme le rationalisme commence par une expérience unique.
L'usage actif des organes n'est autre chose que pensée magique, miraculeuse, ou emploi plus arbitraire du monde matériel. La volonté n'est autre chose que la faculté de penser, magiquement puissante.
Peut-être que la pensée est une force trop rapide, trop monstrueuse pour être active ; ou bien, les choses sont trop bonnes conductrices de la force pensante.
Celui qui a vraiment le sens du hasard, peut utiliser tout l'accidentel pour la détermination d'un hasard inconnu. Il peut lire le destin dans la position des étoiles, avec la même facilité que dans les grains de sable, le vol des oiseaux et les figures.
Est-ce qu'un roi qui serait en même temps un génie moral ne serait pas naturellement immortel ? L'augmentation graduelle de l'excitation intérieure est le soin capital de l'artiste de l'immortalité. Avec combien de raison ne peut-on pas dire, qu'ici aussi les poètes ont prédit d'une façon singulière que les Muses seules donnent l'immortalité ? C'est ainsi que l'état du savant s'élève d'un degré.
Pensées dangereuses. Maintes pensées s'approchent-elles, peut-être, des frontières magiques ? beaucoup d'entre elles deviennent-elles vraies ipso facto ?
Le plus grand magicien serait celui qui pourrait s'enchanter lui-même de façon que ses enchantements lui semblassent des apparitions étrangères par elles-mêmes. Cela ne pourrait-il être le cas, en réalité ?
Le hasard lui-même n'est pas insondable, il a sa régularité.
Les expressions générales de la philosophie scolastique ont une grande analogie avec les nombres. De là leur emploi mystique, leur personnification, leurs combinaisons multiples. Tout réel créé de rien (comme, par exemple, les nombres et les expressions abstraites) a une affinité étrange avec des choses d'un autre monde, avec des séries infinies de combinaisons et de relations singulières, en quelque sorte, avec un univers poétique, mathématique et abstrait en soi.
Si nous n'étions pas foncièrement mathématiques, nous ne distinguerions pas les différences, etc.
La mathématique est véritablement science, attendu qu'elle renferme des connaissances acquises, des produits de personnelle activité spirituelle et qu'elle généralise méthodiquement. Elle est art aussi, attendu qu'elle réduit en règles les procédés du génie, qu'elle apprend à être génie, qu'elle remplace la nature par la raison. Les mathématiques supérieures s'occupent de l'esprit de la grandeur, de son principe politique, du monde de la grandeur.
Le suprême, le plus pur est le plus commun, le plus compréhensible ; de là la géométrie élémentaire plus élevée que la géométrie supérieure. Plus une science devient difficile et compliquée, plus elle est dérivée, impure et mélangée.
Toute la mathématique est proprement une équation en grand pour les autres sciences.
Ce que lui sont les logarithmes, elles l'est aux autres sciences.
Le contenu ou l'entendement de la mathématique est le contenu ou l'entendement des sciences en général.
C'est pourquoi toutes les sciences deviendront mathématiques.
La mathématique actuelle n'est guère autre chose qu'un organon d'empirisme spécial.
Elle est une substitution pour faciliter la réduction un adjuvant de la pensée.
Son applicabilité complète est un postulat nécessaire de sa conception.
Elle atteste irrécusablement l'idéalisme naturel.
La cohésion, la sympathie de l'univers est sa base.
Les nombres sont comme les signes et les mots, des manifestations, des représentations Κατ'εξοχην.
Ses rapports sont des rapports universels. Les mathématiques pures sont la contemplation de l'intelligence en tant qu'univers.
Les miracles, en tant que faits contre nature, sont amathématiques ; mais il n'y a pas de miracles en ce sens, et ce qu'on nomme ainsi est précisément concevable par la mathématique, car rien n'est miraculeux pour elle.
La mathématique véritable est l'élément propre du mage.
Dans la musique, elle apparaît formellement comme révélation, comme idéalisme créateur.
Elle se légitime ici comme envoyée céleste Κατ'εξοχην
Toute jouissance est musicale, partant mathématique.
La vie supérieure est mathématique.
Il peut y avoir des mathématiciens de premier ordre qui ne savent pas compter.
Le véritable mathématic